Bienvenue !

Suite de 'Toi, moi, mes fesses et mes angoisses', bonne lecture.

Un apperçu des personnages ?

Axelle
Margaux
Ambre
Isa
Romain
Jules
Kévin
Amanda

Moi.

Un petit mot ... Je voudrais juste remercier toutes celles et ceux qui sont arrivé(e)s jusqu'ici, merci pour vos commentaires, vos messages, votre soutien. Certes je savais que mon blog (même en étant blog star) n'attirerait pas autant de monde que n'importe quel autre blog, mais je ne pensais pas non plus que vous serez si nombreux à attendre la suite avec impatience. Ca me fait vraiment très, très plaisir!

Bonne continuation !

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 15:17

Modifié le samedi 13 décembre 2008 13:46

J'ai grandi (et mon ventre à grossi) - Sombre vendredi

SOMBRE VENDREDI

Lorsque mon père m'a annoncé, il y a maintenant plus de deux ans, qu'il avait un cancer, je ne l'ai qu'à moitié cru. Alors forcément, lorsque ma mère m'a appelée, il y a deux jours, pour me dire qu'il était décédé et que l'enterrement serait vendredi, je me suis sentie idiote. Idiote d'avoir pu douter. Je crois que je n'ai simplement pas réalisé qu'il était mort, qu'il ne serait plus jamais là, que jamais plus je ne m'engueulerai avec lui, que jamais plus je ne lui ferai de reproches. En effet, les reproches et les critiques, se sont mes spécialités. Je n'avais d'ailleurs que très peu vu mon père après l'annonce de sa maladie, bien qu'il m'ai pardonné mes dires, c'est moi qui n'avais laissé une relation s'installer entre nous. Je n'ai jamais su comment faire pour avoir de bonnes relations avec les gens. Ma mère était restée très froide avec moi, tout comme mes frères, seul lui, mon père, souhaitait me voir régulièrement et demandait des nouvelles de moi à tous ses proches susceptibles de me voir.

Après l'appel de ma mère, je m'étais assise, avait reposé le téléphone et était restée immobile plusieurs minutes. Jusqu'à ce que le téléphone ne sonne à nouveau.

« Axelle, c'est moi, je voulais juste te dire que je ne pourrai pas passer le week end avec toi comme prévu, mon patron m'impose quelques heures sup... Mais ce n'est que positif, je les récupère en congé payés pour nos vacances... Allô ? Tu ne dis rien, tu ne gueules pas ?
-Tu ne seras pas là vendredi alors ?
-Je rentre vendredi soir et je travaille samedi. Mais dans tous les cas j'aurai travaillé vendredi pourquoi tu me demandes ça ?
-Pour rien... A ce soir alors. »

Après avoir passé de longues années à son compte, Romain travaillait maintenant dans une grande boîte privée, il gagnait mieux sa vie, et je crois bien que c'était la chose la plus importante à ses yeux. De mon côté, j'avais cessé de vendre d'affreuses chaussures et je ne servais plus des sales gosses à point d'heure la nuit.

J'avais fait une formation et j'étais devenue secrétaire à mi temps, sous les conseils d'Isabelle. Je m'ennuyais un peu derrière mon bureau, mais j'avais des responsabilités et je me sentais utile. Nous étions donc devenus, Romain et moi, un joli petit couple au rythme « métro, boulot, dodo », exactement ce qu'on ne voulait par devenir lorsque l'on avait décidé de vivre ensemble. Petit à petit, mais rapidement, notre vie sociale se réduisait à néant, nous passions beaucoup de temps ensemble, seuls et nous nous en contentions. J'avais réussi à créer une bulle autour de nous, nous vivions dans un petit cocon où rien ne pouvait nous arriver.

J'avais ouvert mon armoire afin de trouver une tenue digne d'un enterrement, mais mes tenues légères ne seraient sûrement pas les bienvenues auprès de toute ma famille réunie. J'étais alors sortie pour m'acheter une robe noire, et des chaussures à talons.

Margaux, qui n'était plus avec sa Clarence, mais avec un homme, un vrai, comme elle disait, travaillait dans une boutique de luxe, où je n'allais jamais. C'est d'ailleurs son homme qui l'avait pistonnée, il était dans la mode et c'était fait une joie de la relooker. Quand elle m'a vue arriver dans le magasin, elle s'est à moitié jetée sur moi et m'a demandé ce que je faisais là.

« Je cherche quelque chose de sobre. De sombre même. De noir.
-Tu vas à un enterrement ? M'avait-elle demandé en riant.
-Tu ne crois pas si bien dire.
-Oups... Désolée. Alors euh... »

Gênée, elle m'a entraînée dans les rayons et m'a présenté différents modèles, tous aussi chers les uns que les autres. Mais j'avais envie de quelque chose de beau, bien que mon père ne puisse rien en voir...

« C'est mon père Margaux.
-Ton père quoi ?
-C'est à son enterrement que je vais. »

Silence. Elle n'ose plus me regarder dans les yeux, bafouille, mélange ses mots.

« Tu... Ca va quand même ?
-Oui.
-Tu n'es pas triste ?
-Non. Je ne crois pas. Je ne sais pas encore. Tu peux venir avec moi ?
-Si je suis libre oui. C'est quand ?
-C'est vendredi, en début d'après midi. J'imagine que tu bosses ?
-Oui je bosse... Pourquoi tu n'y vas pas avec Romain ?
-Il ne peut pas. D'ailleurs il a annulé notre week end sous prétexte qu'il travaille.
-Je ne peux pas Axelle, j'en suis désolée...
-Tant pis. Trouve-moi quand même une robe... »

Une demie heure plus tard, je sortais du magasin, après a voir dépensé 465 euros pour seulement deux articles. Je les avais posés sur le canapé et étais allée me coucher, après un grand café noir. Je ne me suis réveillée que quand Romain est rentré et s'est allongé près de moi.

« C'est quoi ces fringues sur le canapé là ?
-C'est rien. J'ai eu envie de nouvelles fringues.
-500 balles quand même !
-Je sais. Mais la mort n'a pas de prix.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Si je t'ai demandé où tu étais vendredi, c'est parce que je dois aller à un enterrement.
-L'enterrement de qui ?
-Si je te le dis tu viendras avec moi ?
-Je ne peux pas Axelle. Tu le sais. Je ne suis jamais libre le vendredi. Mais dis moi quand même.
-J'en envie d'escargot en chocolat. Tu crois qu'on trouve des escargots en avril ?
-Je n'en sais rien. Sûrement oui.
-Je vais en acheter. Tu viens ou tu dois encore bosser ? »

# Posté le mercredi 10 décembre 2008 15:24

J'ai grandi (et mon ventre à grossi) - Collège et champoing au chocolat

COLLEGE ET CHAMPOING AU CHOCOLAT

Bloqué sur son ordinateur, Romain était resté à la maison alors que je me promenais dans les rayons afin de trouver des escargots en chocolat. Cette envie m'obsédait, tant et si bien que j'avais demandé à un employé de m'indiquer où en trouver.

« Ils sont juste là, devant vos yeux. »

Il m'a légèrement poussé et a attrapé une boîte qu'il m'a tendue.

« N'en mangez pas trop, ça fait grossir !
-Oui, merci.
-A votre service ! »

Il s'est éloigné, j'ai retiré le plastique et ai mangé plusieurs chocolat avant de partir en direction de la caisse. Je me suis d'abord arrêté au rayon des champoings et gels douche, tien, il existe maintenant du shampoing au chocolat. Mais il pue.

« Axelle ? Axelle Grangé ? »

Je me retourne, un mec complètement inconnu me regarde avec un sourire niais, des lunettes de travers et une chemise mal repassée.

« On se connaît?
-Fabrice. Mais si ! Fabrice Lanier !
-Non je ne vois pas là... Désolée, bonne journée. »

En réalité je voyais très bien de qui il s'agissait, Fabrice avait été mon meilleur ami au collège avant que ce crétin ne m'avoue qu'il était amoureux de moi. J'avais pris mes jambes à mon cou et m'était enfuie.

« Fabrice, on était ensemble au collège ! qu'est-ce qu'on pouvait se marrer !
-Ah... Fabrice. Qu'est-ce que tu fais là ?
-Ben tu vois je fais des courses. C'est assez commun de faire ses courses au supermarché...
-Ah tu fais tes courses. Bonnes courses alors !
-En fait je fais les courses avec ma mère, c'est d'ailleurs elle qui t'a reconnue, parce que moi franchement, j'aurai pas pu ! T'a grossi non ?
-Sûrement oui. Donc tu vis avec ta mère alors ?
-Pas vraiment, en fait je suis à la recherche d'un studio, parce que me farcir son rôti-patates tous les dimanches, ça va cinq minutes !
-Elle ne repasse jamais ta mère ? Tu devrais lui demander, parce que là, ta chemise, c'est une catastrophe. Je te laisse, je dois aller manger mes chocolats, à plus hein !
-Ben attends, donne moi ton numéro, ce serait con qu'on se voit pas non ? Alors attends je te donne un ptit bout de papier, tiens note le. »

Il ne me laissait guère le choix, mais je crois que... oups, je me suis trompée d'un chiffre. Ou deux. A plus tard Fabrice, rappelle moi vite, j'ai très envie de te voir.

Tête en l'air, j'oubliais souvent mes clés, m'obligeant donc à sonner et ainsi à déranger Romain qui devait venir jusqu'en bas m'ouvrir la porte.

« Qu'est-ce que tu foutais, ça fait trois plombes que je sonne tu te branlais ou quoi ?
-Très élégant. J'étais au téléphone mademoiselle. Et toi c'est quoi toutes ces saloperies que tu as achetées, je croyais que tu y allais pour du chocolat !
-Oui et ben j'ai acheté d'autres trucs, voilà. Pousse toi, laisse moi monter, rhooo ! »

Romain m'a regardé de son air ébahi, puis m'a pris mon sac des mains et nous sommes montés dans notre appartement. Une fois en haut, il a vidé la totalité de mes achat sur le canapé et a commenté chacun de mes articles, sourire aux lèvres. Je le regardais, lui rendais ses sourires.

« Tampons. Très important, d'autant plus qu'il n'y a que cinq boîtes dans la salle de bain. Crème à épiler, encore plus utile depuis que madame Axelle Grangé va chez l'esthéticienne. Gel douche sans savon, donc sans odeur, comme ça si tu pues avant la douche, tu pues aussi après ! Non mais pourquoi tu as acheté tout ça sérieusement ? En plus il n'y a même pas de chocolat !
-Je les ai mangés dans le magasin, et puis arrête de toujours commenter mes courses. Si tu n'es pas content fais-les ! Aller, donne moi tout ça.
-Tu veux boire quelque chose ?
-Non merci.
-Sûre ? Je me prends une bière. Tu n'en veux pas ?
-Non ! »

Après avoir pris possession de mes emplettes, je suis allée à la salle de bain et ai tout rangé, puis me suis regardée dans la glace. Je suis restée ainsi, à fixer mon reflet, un long moment, avant que Romain ne vienne à moi, sa bière à la main. Il m'a prise dans ses bras et m'a embrassée. Je le regardais faire, dans le reflet de la glace. Lorsqu'il a vu mon regard posé sur lui, il s'est arrêté.

« Tu as passé une bonne journée ?
-Mon père est mort. Et je veux que tu sois là vendredi.
-Ton père est mort ? Et tu me dis ça comme ça ? Tu m'as dit tout à l'heure que tu avais envie de chocolat et maintenant tu me dis que ton père est mort.
-Oui. Et je veux que tu viennes vendredi. S'il te plaît.
-Je ne peux pas Axelle. Tu le sais très bien.
-Je veux que tu viennes avec moi. Sinon...
-Sinon rien du tout Axelle. Ne me fais pas de chantage. Je suis trop souvent arrivé en retard parce que tu voulais que je reste au lit avec toi pour que je puisse me permettre de louper une journée de boulot. Ca n'est pas possible.
-Je m'en doutais. Tu es bien trop égoïste.
-C'est toi qui est égoïste là, je suis désolé. Maintenant si tu ne veux pas comprendre que j'ai des obligations, je ne peux rien pour toi ma grande. Comment tu te sens ?
-Ca pourrait aller mieux.
-Tu n'es pas triste ?
-Non, je suis plutôt énervée. En colère. Et je crois que je commence à être malade. Sors s'il te plaît, j'ai envie de vomir. »

Romain est sorti, penaud, j'avais comme l'intention de lui faire culpabiliser le fait qu'il ne pouvait pas m'accompagner, mais je savais que ça ne changerait rien à la chose. Alors après avoir pris une minute à moi dans la salle de bain, je suis allée à sa rencontre, lui ai pris sa bière et ai allumé la télé. Je me suis ensuite collée contre lui et nous avons parlé, doucement, chuchotant presque, nous câlinant. Il s'est penché sur moi et m'a embrassée, avant que je ne prenne le dessus et l'entraîne à moi. J'avais, à ce moment précis, l'envie de lui, de sa présence, de son côté homme rassurant, viril, puissant. Alors que le mâle qui était en lui avait fait surface et me dominait en levrette, je l'ai vite poussé et ai couru à la salle de bain. Après avoir vomi mes trippes, je me suis rincé la bouche Et Romain est venu à ma rencontre.

« Ca va ?
-Je crois que je suis vraiment malade... »

# Posté le vendredi 12 décembre 2008 11:02

J'ai grandi (et mon ventre à grossi) - Deux ou trois tests

DEUX OU TROIS TESTS

Vendredi est très vite arrivé. Je devais être pour 14 heures au cimetière, j'avais plus de quatre heures de route et j'étais condamnée à y aller seule. J'avais au préalable pris rendez vous chez mon médecin et m'y étais rendue à reculons, j'avais horreur de me faire examiner. Ce matin d'avril était frais, très frais, mais aussi très ensoleillé, et je n'étais toujours pas triste de savoir mon père mort.
Arrivée dans la salle d'attente, j'ai pris une pile de magasines et ai appris de nombreuses petites choses quant à nous, les femmes, êtres étranges que nous sommes. Puis j'ai été appelée et suis entrée expliquer mes petits malheurs à mon docteur.

« Alors Axelle, vous avez des nausées, des maux de ventre et vos goûts ont changé. Vous n'êtes pas enceinte au moins ?
-Ah non. C'est impossible, je prends la pilule tous les jours à 19 heures.
-Il vous faut savoir que la pilule n'est pas une science exacte. Il arrive qu'une femme tombe enceinte même sous contraception. Je vous conseille tout de même de vérifier. Je vais vous examiner, si je ne vois rien de suspect, alors je vous donnerai un test. S'il est positif, s'en suivra prises de sang, échographies, ECT. »

Sûr de lui, il a commencé à me parler du fait que je sois future maman, sans penser que peut-être, si j'étais enceinte, j'avorterai. Je faisais mine de l'écouter, ai pris son test lorsqu'il me l'a tendu et ai réglé la somme due avant de m'éclipser. En sortant du cabinet, je suis tombée nez à nez avec Margaux.

« Ah Axelle ! Je suis passée chez toi et Romain m'a dit que tu avais rendez vous ici et qu'ensuite tu partais directement. J'ai eu peur de te louper ! Tu vas bien ?
-Oui, qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu tenais absolument à me voir ?
-J'ai pu me libérer pour la journée, je peux t'accompagner !
-C'est vrai ? Oh c'est adorable !
-Tu es malades ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Je ne sais pas justement, je suis toute retournée.
-Ca peut se comprendre non ?
-Peut-être... En attendant j'ai un test de grossesse à faire. Monsieur pense que je suis enceinte, il est complètement fou ! »

L'air étonné, Margaux m'a sourit et nous avons pris la route en direction de chez mes parents, là où mon père serait enterré. Je suis arrivée très en avance mais ne suis pas allée voir ma mère et mes frères, bien que je sache qu'ils c'étaient tous retrouvés dans la maison familiale. Nous sommes allées, Margaux et moi, manger dans un petit restaurant, j'en ai profité pour faire le test que j'avais reçu du docteur. Je l'ai posé sur le rebord du lavabo et me suis lavée les mains, Margaux s'est penché au dessus de mon épaule, regardant attentivement le dit test.

« Positif... m'a-t-elle soufflé.
-Oh putain... »

Je me suis retournée et l'est regardée, elle souriait, nous avons été prises d'un fou rire. Nerveux sans doute.

« Ne dis rien à Romain.
-Tu peux compter sur moi.
-De toute façon je ne vais pas le garder.
-Pourquoi ?
-Parce que Romain n'en n'a pas envie. Et moi non plus. Maintenant viens, on va être en retard. »

J'avais du mal à marcher avec mes nouvelles chaussures, et je me sentais à l'étroit dans ma robe. Mais je suis arrivée à l'heure. Toute ma famille était là, tous avaient le visage triste, la mine grise, je culpabilisais de ne pas pleurer. Ma mère est venue m'embrasser, elle portait un chapeau voilé, ne cessait de pleurer. Mes frères me regardaient de loin, leurs amies aussi. Même la petite Gabrielle était là, tout de noir vêtue. C'est à elle qu'on a donné la première fleur à jeter sur le cercueil. Nous avons tous fait de même puis petit à petit la foule a diminué, jusqu'à ce que je reste seule avec ma mère devant le trou.

« Il était devenu méconnaissable. J'avais de la peine. C'est un soulagement tu sais. Je sais que maintenant au moins, il ne souffrira plus.
-Tu... Tu vas rester toute seule chez toi ?
-Non. Léo va rester avec moi un petit moment. Ca va me faire du bien. Et toi tu repars chez toi tout de suite ?
-Oui... J'ai de la route tu sais.
-Je sais...
-Je suis désolée maman. Je ne peux pas rester ici, avec toi, sans lui. Je ne peux pas rester et te voir pleurer sans savoir quoi faire. Portes toi bien. Je t'appelle vite. »

Je me suis rapidement éloignée de ma mère, peut-être par lâcheté, peut-être aussi que je ne voulais voir personne pleurer, surtout pas moi. Je suis simplement montée dans la voiture, Margaux a fait de même, et nous avons quitté les lieux sous les regards de mes frères.

Le premier souvenir que j'ai de mon père, c'est en primaire, j'avais des tests à passer car mon institutrice trouvait que j'étais trop précoce et elle s'inquiétait de moi. Mon père m'avait donc posé une série de questions qui pourraient déterminer si j'étais surdouée ou non. Après quelques tricheries, les résultats ont répondu pour moi, et je suis restée dans une école pour gens dits normaux.

# Posté le vendredi 12 décembre 2008 19:07

J'ai grandi (et mon ventre à grossi) - Responsabilités bien entendu !

RESPONSABILITES BIEN ENTENDU !

Quelques jours ont passé sans que je ne dise à Romain quoi que se soit sur ma grossesse. Je ne lui d'ailleurs pas non plus raconté en détail l'enterrement, je me suis contentée de lui dire qu'il y avait foule et que tous semblaient tristes, effondrés même, mais que je n'avais pas daigné verser une larme. Je commençais sérieusement à me demander si j'étais bien normale. Quoi qu'il en soit, j'avais rangé ma robe et mes talons en me disant que jamais plus je ne porterai une tenue si peu confortable. Les jours défilaient et je restais muette. Muette et malade. Après une série d'examens qui ont confirmé mon état, j'ai juste pris rendez vous chez mon gynéco et lui ai annoncé que je souhaitais avorter. Deux jours plus tard, je devais me rendre à l'hôpital.

J'avais demandé à Margaux de confirmer à Romain que je passais la nuit chez elle, tout était en ordre, il n'en saurait rien. Evidement, elle ne comprenait pas pourquoi je voulais à tout prix lui cacher ça, je lui avais simplement répondu que j'avais peur de l'entendre dire un « non » quant à la décision à prendre.

« Comment peux tu être si sûre qu'il va dire non ?
-Je le connais, je sais comment il réagi. Dès qu'une once de responsabilité se présente à lui, il fuit. Et je ne veux pas voir sa réaction, je ne veux pas qu'il pense que j'ai fait exprès. Et je ne veux pas prendre le risque que ça brise quelque chose entre nous.
-Mais c'est ça aussi la vie Axelle. Tout ne peut pas se dérouler comme on l'avait prévu. Et s'il est vraiment le mec que tu me décris depuis deux ans, alors il te soutiendra quoi que vous décidiez.
-Ca ne marche pas comme ça tu sais. Un mec qui flippe prend ses jambes à son cou et se barre en courant. Je ne veux pas le voir partir.
-Je crois que tu te trompes encore beaucoup trop sur lui. Mais c'est toi qui voit. Maintenant sache que je serai présente et je saurai te soutenir. »

Il y a deux ans, Margaux était encore une ado, bien pire que moi. Et aujourd'hui elle me donnait des conseils quant à la vie, mon mec et mon ventre qui grossissait. Je l'écoutais avec attention, je réfléchissais beaucoup, mais je savais que je ne pouvais prendre le risque de voir Romain se barrer. J'avais juste peur.

Le jour de l'opération est vite arrivé. Boule dans la gorge et mal de ventre, je me suis rendue chez mon gynéco à qui j'avais demandé d'être là avant l'avortement. Il m'a accueillie, sourire crispé, bras croisés, m'a présenté la fauteuil et proposé un café.

« Axelle... Etes vous toujours sûre de vouloir avorter ?
-Evidement pourquoi ?
-C'est-à-dire que... Ce genre e choses n'arrivent que très rarement... Mais...
-Mais ?...
-On a eu un petit problème avec votre dossier. Voilà comme vous le savez l'avortement ne se pratique que sur des femmes étant enceintes de moins de douze semaines. Or vous en êtes à quinze semaines. Je suis désolé.
-Comment ça quinze semaines ? Vous plaisantez ? Ca veut dire que je suis enceinte de près de quatre mois et je ne me suis rendue compte de rien ? C'est impossible, je prends ma pilule et j'ai mes règles tous les mois !
-Je comprends ce que vous me dites, je comprends très bien. Or, vous êtes une femme et il arrive que la pilule fasse défaut à certains corps. Il est possible que vous ayez fait un dénis de grossesse.
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
-Ca signifie que vous êtes enceinte mais votre corps ne réagit pas. Vous n'avez donc aucun symptôme, mais le f½tus lui, est bien présent.
-Concrètement qu'est-ce que je peux faire ?
-Au jour d'aujourd'hui, par grand-chose. En revanche, si vous ne souhaitez pas garder le futur enfant, vous pouvez le faire adopter. »

Le docteur continuait de me parler avec ses termes techniques, je n'arrivais plus à l'écouter. J'étais enceinte, et je ne pouvais plus avorter. La machine était en marche sans que je ne puisse l'arrêter. Il fallait à tous prix que je prenne mes responsabilités et que je trouve rapidement une solution.

Lorsque je suis rentrée chez moi, l'appartement était vide. J'ai appelé plusieurs fois Romain, sans succès. Ma perpétuelle angoisse m'a fait penser qu'il lui était peut-être arrivé quelque chose, ou, pire encore, il était peut-être avec une autre fille. Après avoir fumé une petite dizaine de cigarettes, je suis allée me coucher et ai tenté de dormir. Il est rentré beaucoup plus tard, sans faire de bruit, sans mot dire. Il s'est simplement couché à mes côtés et m'a prise dans ses bras. Je faisais semblant de dormir et ne répondais pas à ses avances. Je crois qu'il a fini par s'endormir, et moi aussi.

# Posté le samedi 13 décembre 2008 13:50