COLLEGE ET CHAMPOING AU CHOCOLAT
Bloqué sur son ordinateur, Romain était resté à la maison alors que je me promenais dans les rayons afin de trouver des escargots en chocolat. Cette envie m'obsédait, tant et si bien que j'avais demandé à un employé de m'indiquer où en trouver.
« Ils sont juste là, devant vos yeux. »
Il m'a légèrement poussé et a attrapé une boîte qu'il m'a tendue.
« N'en mangez pas trop, ça fait grossir !
-Oui, merci.
-A votre service ! »
Il s'est éloigné, j'ai retiré le plastique et ai mangé plusieurs chocolat avant de partir en direction de la caisse. Je me suis d'abord arrêté au rayon des champoings et gels douche, tien, il existe maintenant du shampoing au chocolat. Mais il pue.
« Axelle ? Axelle Grangé ? »
Je me retourne, un mec complètement inconnu me regarde avec un sourire niais, des lunettes de travers et une chemise mal repassée.
« On se connaît?
-Fabrice. Mais si ! Fabrice Lanier !
-Non je ne vois pas là... Désolée, bonne journée. »
En réalité je voyais très bien de qui il s'agissait, Fabrice avait été mon meilleur ami au collège avant que ce crétin ne m'avoue qu'il était amoureux de moi. J'avais pris mes jambes à mon cou et m'était enfuie.
« Fabrice, on était ensemble au collège ! qu'est-ce qu'on pouvait se marrer !
-Ah... Fabrice. Qu'est-ce que tu fais là ?
-Ben tu vois je fais des courses. C'est assez commun de faire ses courses au supermarché...
-Ah tu fais tes courses. Bonnes courses alors !
-En fait je fais les courses avec ma mère, c'est d'ailleurs elle qui t'a reconnue, parce que moi franchement, j'aurai pas pu ! T'a grossi non ?
-Sûrement oui. Donc tu vis avec ta mère alors ?
-Pas vraiment, en fait je suis à la recherche d'un studio, parce que me farcir son rôti-patates tous les dimanches, ça va cinq minutes !
-Elle ne repasse jamais ta mère ? Tu devrais lui demander, parce que là, ta chemise, c'est une catastrophe. Je te laisse, je dois aller manger mes chocolats, à plus hein !
-Ben attends, donne moi ton numéro, ce serait con qu'on se voit pas non ? Alors attends je te donne un ptit bout de papier, tiens note le. »
Il ne me laissait guère le choix, mais je crois que... oups, je me suis trompée d'un chiffre. Ou deux. A plus tard Fabrice, rappelle moi vite, j'ai très envie de te voir.
Tête en l'air, j'oubliais souvent mes clés, m'obligeant donc à sonner et ainsi à déranger Romain qui devait venir jusqu'en bas m'ouvrir la porte.
« Qu'est-ce que tu foutais, ça fait trois plombes que je sonne tu te branlais ou quoi ?
-Très élégant. J'étais au téléphone mademoiselle. Et toi c'est quoi toutes ces saloperies que tu as achetées, je croyais que tu y allais pour du chocolat !
-Oui et ben j'ai acheté d'autres trucs, voilà. Pousse toi, laisse moi monter, rhooo ! »
Romain m'a regardé de son air ébahi, puis m'a pris mon sac des mains et nous sommes montés dans notre appartement. Une fois en haut, il a vidé la totalité de mes achat sur le canapé et a commenté chacun de mes articles, sourire aux lèvres. Je le regardais, lui rendais ses sourires.
« Tampons. Très important, d'autant plus qu'il n'y a que cinq boîtes dans la salle de bain. Crème à épiler, encore plus utile depuis que madame Axelle Grangé va chez l'esthéticienne. Gel douche sans savon, donc sans odeur, comme ça si tu pues avant la douche, tu pues aussi après ! Non mais pourquoi tu as acheté tout ça sérieusement ? En plus il n'y a même pas de chocolat !
-Je les ai mangés dans le magasin, et puis arrête de toujours commenter mes courses. Si tu n'es pas content fais-les ! Aller, donne moi tout ça.
-Tu veux boire quelque chose ?
-Non merci.
-Sûre ? Je me prends une bière. Tu n'en veux pas ?
-Non ! »
Après avoir pris possession de mes emplettes, je suis allée à la salle de bain et ai tout rangé, puis me suis regardée dans la glace. Je suis restée ainsi, à fixer mon reflet, un long moment, avant que Romain ne vienne à moi, sa bière à la main. Il m'a prise dans ses bras et m'a embrassée. Je le regardais faire, dans le reflet de la glace. Lorsqu'il a vu mon regard posé sur lui, il s'est arrêté.
« Tu as passé une bonne journée ?
-Mon père est mort. Et je veux que tu sois là vendredi.
-Ton père est mort ? Et tu me dis ça comme ça ? Tu m'as dit tout à l'heure que tu avais envie de chocolat et maintenant tu me dis que ton père est mort.
-Oui. Et je veux que tu viennes vendredi. S'il te plaît.
-Je ne peux pas Axelle. Tu le sais très bien.
-Je veux que tu viennes avec moi. Sinon...
-Sinon rien du tout Axelle. Ne me fais pas de chantage. Je suis trop souvent arrivé en retard parce que tu voulais que je reste au lit avec toi pour que je puisse me permettre de louper une journée de boulot. Ca n'est pas possible.
-Je m'en doutais. Tu es bien trop égoïste.
-C'est toi qui est égoïste là, je suis désolé. Maintenant si tu ne veux pas comprendre que j'ai des obligations, je ne peux rien pour toi ma grande. Comment tu te sens ?
-Ca pourrait aller mieux.
-Tu n'es pas triste ?
-Non, je suis plutôt énervée. En colère. Et je crois que je commence à être malade. Sors s'il te plaît, j'ai envie de vomir. »
Romain est sorti, penaud, j'avais comme l'intention de lui faire culpabiliser le fait qu'il ne pouvait pas m'accompagner, mais je savais que ça ne changerait rien à la chose. Alors après avoir pris une minute à moi dans la salle de bain, je suis allée à sa rencontre, lui ai pris sa bière et ai allumé la télé. Je me suis ensuite collée contre lui et nous avons parlé, doucement, chuchotant presque, nous câlinant. Il s'est penché sur moi et m'a embrassée, avant que je ne prenne le dessus et l'entraîne à moi. J'avais, à ce moment précis, l'envie de lui, de sa présence, de son côté homme rassurant, viril, puissant. Alors que le mâle qui était en lui avait fait surface et me dominait en levrette, je l'ai vite poussé et ai couru à la salle de bain. Après avoir vomi mes trippes, je me suis rincé la bouche Et Romain est venu à ma rencontre.
« Ca va ?
-Je crois que je suis vraiment malade... »